UNE AGRICULTURE BIO-DYNAMIQUE POUR L'AVENIR?

               

 

Nul n’ignore que l’agriculture bio a pris ces dernières années un essor considérable. Malgré les multiples controverses sur l’utilité et l’apport véritable du bio, provoquées par les tenants des pratiques agricoles actuelles, de plus en plus d’agriculteurs et de consommateurs se « convertissent » au bio. Opportunisme chez certains et conviction pour d’autres ? Peut-être... Le « bio » est-il une simple mode ou répond-t-il à un besoin plus profond ?  Une chose est certaine : encore ignoré par le plus grand nombre il n’y a pas si longtemps, le bio est devenu aujourd’hui un slogan publicitaire, une « marque » qui apparemment fait vendre et qui s’affiche hardiment dans les journaux et la télévision. Un vrai phénomène de société. Malgré les critiques des tenants de l’agriculture productiviste qui cherchent à freiner la montée du bio, la nouvelle tendance s’affirme toujours davantage. La demande de produits  bio est tellement forte, que la France, qui a pris beaucoup de retard, est obligée d’importer ces produits d’Allemagne, d’Italie ou de pays bien plus lointains tels que l’Australie ou l’Argentine.

     Comment en est-on arrivé là ? Tout le monde sait, qu’après la seconde guerre mondiale, l’urgence préconisait de reconstruire au plus vite toutes les structures et remettre toutes les activités économiques en route. Parmi les besoins immédiats, il s’agissait d’assurer rapidement l’approvisionnement en nourriture. Dès lors l’agriculture devenait primordiale. La France, alors un pays essentiellement agricole, était très en retrait quant aux moyens techniques modernes pour assurer une productivité telle que celle obtenue par l’agriculture américaine, par exemple, qui parvenait à des résultats extraordinaires en cultivant des surfaces immenses à l’aide d’un matériel technique sophistiqué et performant. Sur ce plan, l’agriculture européenne, était restée archaïque et de dimension familiale. Dans les années qui suivirent, l’agriculture commença à se transformer radicalement. Nous ne voulons  pas retracer l’historique de cette métamorphose et des nombreuses crises qui naquirent de ces changements. Les « grands agriculteurs français » suivirent l’exemple américain, en s’endettant souvent dangereusement. Les « petits » disparurent peu à peu. Une nouvelle optique s’instaura : celle de la rapidité, de la productivité, de la rentabilité. Nous connaissons tous aujourd’hui l’impact des « grands céréaliers » dans la politique agricole. Dans la même perspective productive s’inscrit le débat sur les OGM…

    Dans cette course à la productivité, il fallut, dès le début de l’agriculture « plus rentable » préconisée, utiliser une multitude de produits fertilisants, engrais chimiques, désherbants…Cela contribuera à enrichir rapidement les grosses industries chimiques, à imposer des coûts énormes aux agriculteurs et par voie de conséquence aussi aux consommateurs. Mais la conséquence la plus grave fut que peu à peu les sols commencèrent à s’appauvrir et qu’il fallut utiliser de plus en plus de produits chimiques, souvent toxiques, pour arriver à une plus grande production. Le résultat de tout cela, nous commençons à l’observer et à en ressentir les effets désastreux : dégradation progressive des sols, pollutions diverses, effets dévastateurs sur l’environnement telle la pollution des nappes phréatiques…Ces effets se font naturellement aussi ressentir chez les humains : maladies diverses chez les agriculteurs…et chez les consommateurs. Comment pouvons-nous assister au spectacle de « l’agriculteur moderne », obligé d’endosser une tenue de cosmonaute, avec gants et casques protecteurs, pour « traiter » des produits agricoles  destinés à être ingéres par  le consommateur, sans réaliser que cela est absurde et dangereux ? Et dire qu’il se trouvera toujours quelque scientifique « expert », pour affirmer que ces pratiques ne sont pas nuisibles pour l’homme, du moment que l’on observe le dosage exact des produits utilisés...La triste réalité est là pour nous prouver le contraire : un nombre grandissant d’agriculteurs sont frappés de stérilité, de cancers, d’allergies…et malheureusement, cela se vérifie aussi chez les consommateurs.

    Si aujourd’hui, de plus en plus de producteurs et de consommateurs se tournent vers le bio, c’est que, par une prise de conscience de ces problèmes (souvent suite à une maladie liée aux pratiques évoquées), ils savent que l’ingérence d’une nourriture saine est une des conditions pour rester en bonne santé. Quand on assiste alors à des débats à la radio ou à la télévision où les adversaires du bio s’acharnent à vouloir démontrer que le bio n’est ni meilleur en goût, ni meilleur en qualité que les autres produits, on ne peut que hausser les épaules et sourire…tristement. Bien sûr, le goût et la qualité peuvent être les mêmes (encore que..) mais c’est l’absence de pesticides, fongicides etc qui fait la différence. Dans ces discussions, on n’aborde pas souvent la question de savoir si les produits bio sont plus sains pour le consommateur. On préfère laisser planer le doute et représenter le « consommateur bio » comme un doux naïf !!

    La montée du mouvement écologiste a renforcé l’essor de l’agriculture biologique. De plus en plus de gens prennent conscience du fait qu’il faut ménager la terre pour assurer la survie de l’homme. L’agriculture bio va dans ce sens.

    Dans la mouvance du bio, un autre « label » apparaît de plus en plus : la biodynamie. Un nombre sans cesse croissant d’agriculteurs, de viticulteurs affichent sur leurs annonces ou sur leur site internet, que leurs produits sont issus de l’agriculture bio-dynamique.  Peu de consommateurs, en France, connaissent ce mode d’agriculture et encore moins son origine. On peut, parfois, au gré d’une rencontre, d’un débat, d’une lecture, entendre la réflexion : la biodynamie c’est encore mieux que le simple bio…Cette affirmation devient alors d’autant plus mystérieuse et problématique, si on ignore ce qu’est la biodynamie et qui en est « l’inventeur ».  Une petite recherche sur internet nous révèle que l’initiateur de la biodynamie est un certain Rudolf Steiner. Que le grand public, en France, l’ignore, est un peu normal, car peu de gens connaissent cet homme qui a vécu de 1861 à 1925, qui était à la fois un écrivain, philosophe, scientifique et visionnaire qui a laissé une œuvre immense. Il est l’initiateur de l’Anthroposophie aussi appelée la science spirituelle. S’il est quelque peu curieux que ce nom soit aujourd’hui souvent  « oublié », c’est essentiellement du fait que notre société actuelle est devenue tellement matérialiste, qu’elle « évacue » systématiquement tout ce qui peut, de près ou de loin, faire appel à une spiritualité.

   La biodynamie a été initiée par Rudolf Steiner dès 1924. Aujourd’hui on pratique de plus en plus les méthodes de cultures qu’il a proposées aux agriculteurs et curieusement, on évoque très rarement son nom.

   L’agriculture bio-dynamique ou biodynamie est un système de production agricole dont les bases ont été données par Rudolf Steiner courant juin 1924, à Koberwitz en Silésie. A l’époque déjà, un grand nombre d’agriculteurs étaient préoccupés par l’état de dégénérescence dans lequel se trouvaient certaines productions agricoles, notamment les céréales, les pommes de terre ainsi que les fruits et légumes. L’agriculture allemande avait déjà, après la première guerre mondiale, fait appel aux engrais chimiques, pour essayer de fertiliser les sols. A l’époque, les industries chimiques allemandes avaient fait des recherches dans ce sens. Il s’avéra rapidement, qu’après quelques années, les résultats furent désastreux. Une délégation d’agriculteurs allemands demanda alors conseil à Rudolf Steiner, qui tint par la suite une série de 8 conférences pour aborder les différents problèmes agricoles et proposer des solutions possibles. Ces conférences, qui appartiennent aujourd’hui au domaine public, ont été traduites entre-temps dans toutes les langues courantes et sont accessibles à tous. Elles établissent les bases de la méthode de culture dite « biodynamique ».

    Un des principes de base de cette méthode de culture est la gestion raisonnée et autosuffisante. Qu’entend-t-on par cette expression ? Une première étape consiste à chercher et à trouver un juste équilibre entre la surface de terre cultivée, aussi de prairies, et les animaux de la ferme, de sorte que le fourrage et la fumure soient assurés en autarcie et les achats extérieurs éventuels soient réduits à un minimum. On évitera ainsi l’endettement outrancier de l’agriculteur. Il s’agit là, d’une pratique qui s’efforce de rester en harmonie avec la nature. A partir du constat que la terre était affaiblie, vieille et malade à la suite de nombreux traitements chimiques et diverses formes de pollution, Rudolf Steiner a préconisé l’utilisation de diverses préparations spécifiques d’origine minérale, végétale, animale, dont il a indiqué exactement le dosage, pour arriver à revivifier, à « biodynamiser » les sols. Il a ainsi induit des pratiques d’agriculture où le sol peut être régénéré et redevenir réceptif aux nombreuses  influences subtiles de la terre et en tenant  compte des influences cosmiques sur l’évolution des plantes.

    Les agriculteurs habitués aux méthodes biodynamiques proposées par Rudolf Steiner, connaissent par leur expérience, l’efficacité  de cette méthode sur les plantes et savent que les « préparations » employées à des doses infinitésimales, « activent, dynamisent » le compost, véritable « levure du sol »,  compost qui réactive à son tour le sol. Ces préparations sont aussi une merveilleuse « médecine douce » contre les maladies cryptogamiques. Les périodes de travaux et d’emploi des préparations, de récolte aussi, sont choisies en fonction des cycles lunaires, de la position des constellations et même du moment de la journée. Ces méthodes d’agriculture ont été appliquées et pratiquées par beaucoup d’agriculteurs –surtout en Allemagne et en Suisse dès 1924. Cette pérennité ne peut certainement pas être attribuée à la seule fidélité à la mémoire de Rudolf Steiner ! Les agriculteurs sont connus pour avoir les pieds sur terre et si l’agriculture bio-dynamique n’était pas valable, on peut gager qu’elle serait depuis longtemps morte de sa belle mort ! Au contraire, les méthodes initiées par Rudolf Steiner ont pu, au fil du temps, être encore affinées et si possible perfectionnées. De multiples études « en parallèle » ont été effectuées, notamment en Allemagne, pour faire des études comparatives entre les cultures : intensive   -  bio et  - bio-dynamique. Le résultat montre clairement l’efficacité et la rentabilité (à long terme), de la culture biodynamique.

    Des générations d’agriculteurs et de viticulteurs ont pratiqué depuis 1924, l’agriculture biodynamique. Certains qui ont commencé très tôt, ont transmis leur savoir et leur expérience à leurs descendants. Ces pionniers parmi la population agricole ont compris depuis très longtemps que les méthodes proposées par Rudolf Steiner sont réalistes dans le bon sens de terme, car elles tiennent compte de « toute la réalité » qui est de caractère matériel et spirituel, qui est celle de la terre et aussi celle de l‘être humain. Beaucoup de ces agriculteurs ne connaissent guère l’œuvre entière de cet homme génial et bienfaiteur de l’humanité. Ils appliquent tout simplement ses « recettes et méthodes »…. et constatent les bons résultats. Rudolf Steiner en serait très content, car son enseignement n’était nullement réservé à une minorité, mais devait être une incitation à s’ouvrir à de nouvelles connaissances, pour trouver les bonnes solutions. Depuis longtemps déjà, les agriculteurs pratiquant les méthodes biodynamiques, utilisent le  calendrier des agriculteurs (appelé en Allemagne « le calendrier Thun », du nom de la personne qui a calculé, selon les indications de R. Steiner, se basant sur la configuration astronomique, les dates et heures propices au travail d’ensemencement, de récolte etc..). Et apparemment cela fonctionne assez bien !

   Rudolf Steiner était d’une modestie exemplaire et avait souligné, à maintes reprises, qu’il n’avait pas « inventé » la biodynamie, mais seulement repris les méthodes que les agriculteurs d’un temps très reculé, avaient pratiquées intuitivement. A une époque de développement de l’humanité, les hommes, à défaut d’être « intelligents » dans l’acceptation actuelle du terme, avaient le privilège d’être guidés, inconsciemment, par des forces spirituelles qui leur inspiraient ce qu’il fallait faire pour « cultiver » la terre, mère nourricière, donc  rendre  à la terre « le bon culte » afin qu’elle prodigue à l’être humain ses bienfaits. Les hommes de cette époque savaient intuitivement qu’il fallait prendre soin de la « mère terre » qui sait nous combler de ses fruits,  notre nourriture, si nous la respectons.

     Il est très regrettable que Rudolf Steiner soit encore tellement méconnu de nos jours. Son enseignement est plus actuel que jamais et répond parfaitement aux interrogations et aux problèmes de notre temps. Puisse la biodynamie devenir une voie d’accès à l’œuvre de ce grand homme, pour qu’un nombre sans cesse croissant d’êtres humains puisse y trouver les réponses à leurs questions et une force nouvelle face aux difficultés multiples auxquelles nous sommes quotidiennement confrontées.

               

 



Article ajouté le 2009-09-20 , consulté 7 fois

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