LE MENSONGE, UN FLEAU DE LA SOCIETE ?

                               

 

Un esprit attentif aux évènements du monde et de la société dans laquelle nous vivons, remarquera, au fil des jours, qu’à tous les niveaux, dans tous les milieux, le mensonge sévit. Oui, la vérité est souvent bafouée, trahie…Certes, ce n’est pas aujourd’hui que l’on a inventé le mensonge. Il est aussi vieux que l’humanité. Il a revêtu des formes diverses allant du « mensonge de circonstance » pour se tirer d’un mauvais pas, à la stratégie de la « ruse de guerre » ou encore à un machiavélisme de bon aloi pour manipuler l’adversaire. Ce qui est nouveau dans le monde contemporain, c’est que la diversité et la rapidité des médias, des moyens de communication, font que la « non-vérité » qu’est le mensonge, se répand à une vitesse telle que son impact est incommensurable.

 

De tous temps, les religions ont condamné le mensonge, le considérant comme une forme de blasphème contre Dieu ou les Dieux considérés comme les détenteurs et les garants de la vérité. Porter une « non-vérité » dans le monde était considéré comme une atteinte grave à l’harmonie du monde et de la société. Plus tard, les philosophes de l’ère des lumières, puis la morale laïque républicaine se sont engagés à défendre la vérité et de ce fait, condamnaient fortement toute forme de mensonge.

Cela n’a naturellement nullement empêché le mensonge de proliférer dans le monde.

 

Aujourd’hui, dans notre société matérialiste focalisée sur l’argent, sur le pouvoir sous toutes ses formes, le mensonge a repris des couleurs nouvelles, est devenue une stratégie sophistiquée pour gagner sur tous les terrains de la vie sociale et économique. Les religions n’ont plus une emprise déterminante sur la société, la morale républicaine est devenue une « instruction civique » sans grande conviction, l’interdit du mensonge ne se révèle que devant des affaires ou scandales graves qui finissent devant une juridiction…

 

Dans une société matérialiste et où un libéralisme souvent sauvage se définit par une déshumanisation grandissante, le mensonge s’est fortement banalisé, la fin justifiant tous les moyens. Nous pouvons tous, en nous basant sur nos propres observations, nos propres expériences, constater les multiples visages que prend le mensonge à tous les niveaux. Dans toutes les structures sociales, économiques, sur les lieux de travail, en politique, nous pouvons au fil des jours, répertorier tous les mensonges qui sévissent. Nous savons tous qu’une large partie de la stratégie déployée, dans le domaine de la publicité, repose sur une technique très raffinée du mensonge ! Le mensonge s’est diversifié et s’est instillé un peu partout. Il s’est banalisé, il est devenu une sorte de jeu de société : si quelqu’un est lésé c’est qu’il n’était pas vigilant…donc il n’aura qu’à se prendre à lui-même. Celui qui est devenu un « gagnant » par le mensonge, est considéré comme particulièrement malin et intelligent.

 

Or le mensonge est-il vraiment banal, anodin ? Si on analyse sommairement le « phénomène du mensonge », de manière pragmatique, sans y attacher immédiatement une connotation morale, que peut-on constater ? Quels sont les éléments qui entrent en jeu ? Les intentions, le but. Les conséquences…

Pourquoi ment-on ?

-        pour cacher la vérité

-        pour affirmer une « non-vérité »

-        pour obtenir un avantage (puissance sous tous ses aspects, argent, bien matériel etc ..)

-        pour masquer des faits ou évènements répréhensifs.

 

Si nous nous penchons sur les conséquences objectives du mensonge, que constatons-nous ? Le mensonge vit ses beaux jours tant qu’il peut se cacher derrière un masque d’illusion. Mais la vérité, telle un bouchon entravé quelque temps au fond de l’eau, arrivera tôt ou tard, à refaire surface. Que se passera-t-il alors ? Celui ou celle qui s’estimera victime du mensonge se considèrera, à juste titre, comme bafoué, lésé, blessé profondément dans son amour-propre. Il se dira meurtri au plus profond de lui-même et sa colère sera à l’échelle de son indignation légitime. Pourquoi ? Parce que chaque être humain veut connaître la vérité et estime le mensonge comme une atteinte personnelle à sa dignité. Que ce soit un mensonge par intérêt ou celui qui consiste à masquer une trahison, il laissera toujours des traces douloureuses chez celui ou celle qui en est la victime. Une atteinte grave à la confiance.

 

Les crises et malaises de notre société actuelle sont, pour une large partie, le résultat du mensonge dans tous les domaines de la vie sociale. La nature, la dignité humaine a ses exigences. Parmi ces dernières, le droit à la vérité est essentiel. Négliger cette réalité, c’est introduire constamment dans la société un poison subtil, sournois et destructeur.

 

Le grand penseur et visionnaire Rudolf Steiner (1861-1925) avait analysé, dès le début du siècle dernier, les causes véritables des crises sociales. Un des facteurs déterminants, est la vision essentiellement matérialiste de la société moderne occidentale. Sous cette optique, l’homme est souvent réduit à une seule dimension « d’animal supérieur ». Dès lors, la société devient une sorte de jungle où règnera la loi du plus fort, du plus malin, du plus intelligent. Tout devient légitime pour éliminer ou dominer l’autre, pour arriver à ses fins. Le mensonge devient dès lors un moyen efficace pour faire triompher les intérêts personnels, les égoïsmes. Au nom de l’efficacité, on sacrifie la vérité. Le plus grave, c’est qu’ en agissant ainsi, on blesse dangereusement l’humanité entière et chaque individu en particulier.

 

Dans son enseignement, Rudolf Steiner a toujours souligné que l’être humain ne se réduisait pas à son corps physique qui ferait de lui, en effet un « animal supérieur ». Il possède aussi un « espace qui l’anime » de l’intérieur, ce qu’il est convenu d’appeler une âme, le siège de sa vie intérieure, de ses sentiments, de ses émotions. Et enfin, il est le siège d’un esprit capable de réfléchir, d’avoir ses propres idées, ses réflexions individuelles, toutes ces activités par lesquelles  il peut se ressentir comme étant une individualité, un « moi ».

 

Ce sont précisément son âme et son esprit qui aspirent à la dignité, à l’exigence de la vérité. La vérité est propre à l’être humain : « l’animal supérieur » seul n’a pas besoin de vérité. C’est parce que l’homme est capable de penser, qu’il peut prendre conscience de sa propre valeur et posséder une exigence de vérité. La vérité lui apporte un équilibre et une dignité, le mensonge lui apporte le chaos, l’incertitude, la méfiance, la peur. Cet être capable de penser, ressent aussi intuitivement, qu’il aspire au beau, au bon, à l’idéal, à l’absolu. C’est pourquoi, tout être humain exige la vérité, comme un droit au respect et à sa dignité personnelle. L’esprit de l’homme veut la vérité, il a « droit à la vérité » car il se considère comme un être abouti et responsable. C’est pourquoi il se révolte contre les injustices, contre tout ce qui est anti-social, tout ce qui blesse la dignité humaine. Et si, de par son corps physique, sa qualité « d’animal supérieur » il tend vers l’égoïsme et le rapport de force,  de par son esprit et son âme, il cherchera, même inconsciemment, la transcendance dont la vérité est un des critères.

 

Non le mensonge n’est ni légitime, ni anodin, si on veut bien y réfléchir. Certes, l’histoire de nos sociétés et l’histoire en général sont jalonnées  de mensonges. Rudolf Steiner disait qu’un jour il faudrait réécrire les livres d’histoire à la lumière de la vérité, car sous bien des aspects nous vivons dans une « histoire convenue ». Dans une de ses conférences, il disait aussi, en substance,  que le mensonge était une réalité spirituelle aussi cruelle pour l’âme humaine qu’un « coup de poignard » pour le corps physique.

 

On aura compris qu’une société bâtie sur un tissu de mensonges est condamnée à être malade et à connaître des crises sociales constantes, sans cesse grandissantes. Une société qui veut être libre et le rester, ne saurait vivre dans le mensonge permanent dans sa vie politique, économique, sociale. Car, contrairement à ce que l’on préconise généralement, le mensonge n’est pas une conséquence de la liberté (celle de penser et d’agir comme on le veut), mais son adversaire parmi les plus virulents. Dans le Nouveau Testament, Jésus dit, entre autres paroles : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendre libre ! »…A chacun d’entre nous de participer à la conquête de la vérité et de la liberté d’esprit qui en découle. C’est l’enjeu pour arriver à une terre plus humaine, plus respectueuse de la dignité et de la véritable nature de l’être humain.

 

   



Article ajouté le 2008-09-14 , consulté 81 fois

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